CSRD allégée : le film RSE a-t-il encore un rôle ?
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La directive Omnibus a réduit de plus de moitié les points de données du reporting de durabilité. Bonne nouvelle pour les équipes, vraie question pour la communication : que reste-t-il à filmer quand l'obligation se desserre ?
Le 26 février 2026, l’Union européenne a publié la directive dite « Omnibus », entrée en vigueur le 18 mars. Selon les chiffres communiqués par l’EFRAG en avril, les points de données obligatoires du reporting de durabilité passent d’environ 1 100 à près de 300, soit une réduction de l’ordre de 57 %. Le seuil d’application remonte nettement : au-delà de 1 000 salariés et de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net.
Pour les directions concernées, c’est un soulagement réel. C’est aussi le moment de poser une question que l’inflation réglementaire avait masquée : à quoi sert un film quand l’obligation de rendre compte se desserre ?
Quand l’obligation tombe, le film perd son alibi
Pendant trois ans, beaucoup de films RSE ont eu une raison d’exister un peu paresseuse : cocher une case, accompagner un rapport, montrer qu’on faisait quelque chose. La contrainte tenait lieu d’intention. L’allègement de la CSRD retire cet alibi. Un film produit parce qu’il « fallait bien » se voyait déjà à l’écran. Désormais, il ne se justifie plus du tout.
C’est une bonne chose. Un film de durabilité qui n’existe que pour exister rejoint la masse des objets que personne ne regarde. Sa disparition ne coûte rien. Ce qui compte, c’est ce qui reste une fois la contrainte retirée.
Ce qui reste à filmer : l’action, pas la promesse
Un rapport de durabilité, même réduit à 300 points de données, reste un document de preuve. Il aligne des indicateurs, il fixe une trajectoire, il engage. Mais il ne montre rien. Or une part de la RSE se joue sur le terrain : un site qui change ses procédés, une filière qui se réorganise, des équipes qui font autrement.
C’est là que le film a un rôle, et un seul qui vaille : rendre lisible une action mesurable. Pas la promesse, pas l’intention, pas le storytelling de marque. L’action. Filmer la personne qui opère le changement, dans son cadre de travail, et laisser les chiffres venir en appui plutôt qu’en surplomb.
Cette approche a une exigence côté commanditaire : il faut une action réelle à montrer. Sans elle, mieux vaut s’abstenir. Un film qui maquille l’absence d’action se retourne contre la marque le jour où un journaliste, un investisseur ou un salarié pose la question.
La double matérialité change le destinataire
La CSRD a installé un principe qui survit à la simplification : la double matérialité. L’entreprise rend compte de son impact sur le monde et de l’impact du monde sur elle. Ce double regard déplace le destinataire du film. On ne s’adresse plus seulement au grand public, mais aussi aux investisseurs, aux agences de notation extra-financière, aux parties prenantes qui lisent vraiment les rapports.
Ce public-là ne se laisse pas séduire par une voix off ascendante et une musique évocatrice. Il cherche du concret, du daté, du vérifiable. Un film qui s’adresse à lui doit accepter d’être sobre. La sobriété n’est pas une contrainte esthétique : c’est la condition de la crédibilité.
Comment on s’y prend
La méthode tient en trois temps. D’abord, identifier l’action qui mérite d’être filmée, avec les personnes qui la portent et les indicateurs qui la mesurent. Ensuite, écrire avant de tourner : un film de preuve se construit autour d’une question éditoriale, pas d’une liste de plans. Enfin, tourner à hauteur des équipes, en présence légère, pour capter le réel sans le mettre en scène.
Le reste est affaire d’arbitrage. Tout ne se filme pas. Une direction RSE lucide choisit deux ou trois actions exemplaires plutôt que de tout couvrir superficiellement.
Ce qu’il faut retenir
- L’allègement de la CSRD retire au film RSE son alibi réglementaire : il doit désormais se justifier par son contenu.
- Le seul rôle qui vaille pour le film : rendre lisible une action mesurable, sur le terrain, avec les personnes qui la portent.
- La double matérialité élargit le public aux investisseurs et aux parties prenantes, qui exigent du concret et du vérifiable.
- Sans action réelle à montrer, mieux vaut ne pas produire de film : le maquillage se paie cher.
Pour aller plus loin
- Reporting de durabilité : filmer la preuve, pas la promesse
- Pourquoi votre brand film ne se regarde pas
Sources
Questions fréquentes
La CSRD est-elle encore obligatoire en 2026 ?
Après la révision dite Omnibus, le périmètre se resserre. Une fois la directive transposée en droit français, seules les entreprises de plus de 1 000 salariés et au-delà de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires net restent directement concernées.
Faut-il un film pour accompagner son rapport de durabilité ?
Rien ne l'impose. Le film devient utile quand il rend lisible une action mesurable que le rapport chiffré ne raconte pas, et quand il s'adresse à des publics que le PDF n'atteint pas.
Qu'est-ce qui distingue un film RSE d'un film corporate ?
Le film RSE part d'une action située, datée et vérifiable. Il documente le réel plutôt que d'illustrer un discours. Les chiffres viennent appuyer l'image, pas l'inverse.
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